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Dimanche 23 novembre 2008


L’icône de La Nativité


« Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche » (Lc 2, 10-12).

 

 

L’iconographe représente à nos yeux une image complète de l’évènement Divin. Cela nous facilité la contemplation en la grandeur du mystère de l’incarnation et sa profondeur.

L’or est la couleur dominante dans l’icône, elle est le symbole de la Divinité.

L’or dans l’iconographie, est une couleur qui symbolise la lumière de la Gloire Divine. Elle représente celui qui a éclairé le monde entier qui était plongé dans les ténèbres.

L’icône est construite sur un rocher transcendantal qui touche presque les cieux. Elle nous rappelle le rocher que Moise à frapper avec son bâton, d’où sont écoulées les sources d’eau vive.  

Les rochers de la Terre se sont déchirés de joie et d’allégresse quand la terre a accueilli le don du ciel avec la naissance de son créateur.

Cette icône est christocentrique. Jésus est au centre de cette icône. Comme s’il sort des entrailles de la terre.

La crèche dans cette icône ressemble à une grotte sombre à l’intérieur du grand rocher. Elle représente l’enfer. Voici l’Agneau immolée depuis la création du monde, il est né dans les ténèbres de la mort, pénétré dans le plus profond de l’enfer, pour lui porter la lumière de la Vie.

Jésus est enveloppé de langes qui ressemblent à un linceul. Il est mis dans une mangeoire qui ressemble à un autel ou à un tombeau. Tout ça, représente la vérité essentielle ; le Salut de l’humanité se réalise avec la mort et la résurrection du Christ. L’incarnation est indissociable de se grand mystère.

La tête de l’enfant est entourée par une auréole dorée et lumineuse, représente sa Divinité. Dans cette auréole apparait une Croix qui anticipe sa souffrance et sa mort sur la Croix.


La vierge Marie

Marie occupe une place importante dans cette icône. Cette place représente son rôle important dans le Dessein Divin et dans l’incarnation du Fils de Dieu.

Elle est allongée sur un tapis rouge sous forme d’une graine de blé car c’est d’elle que la vie a surgit. Elle a donnée à Jésus un corps qui sera le pain de la vie.

Les trois étoiles dessinées sur ses vêtements symbolisent la vérité de sa perpétuelle virginité : avant, pendant est après l’enfantement de Jésus. Marie met sa tête sur sa main droite. Elle désigne avec ses doigts son fils rédempteur comme si elle répète et confirme ce que l’ange lui a dit pendant l’annonciation : « Celui-ci est Jésus fils de Dieu ».

Le regarde de Marie est dirigé vers deux scène dans cette icône ; le bain de Jésus (en bas à droite) et Joseph (en bas à gauche), il est troublé par la peur et l’inquiétude.

Le triste regard de Marie anticipe les souffrances, la crucifixion et la mort de son fils. On peut dire aussi que les  traits de son visage montrent qu’elle est dans un état de contemplation et de prière.


Le Bœuf et l’Âne

Auprès de la mangeoire nous voyons un bœuf et un âne. Ils ne sont pas mentionnés dans l’Évangile ; Mais Isaïe à Dit : « Le bœuf connaît son possesseur, et l'âne la crèche de son maître » (Is 1, 3).

Le Bœuf représente les offrandes et les sacrifices qu’on sacrifiés pour les dieux.

L’âne représente celui qui a porté Jésus pendant son entrée glorieuse à Jérusalem.

 

Le berger

Auprès de la crèche se trouve un berger qui souffle dans sa flûte. Sa présence n’est pas seulement pour la louange, mais il est l’image du bon pasteur, comme le Christ à dit de lui-même dans Jn 10, 11.


Les rois mages

Les rois mages représentent une image d’une beauté Suréminente de la prosternation de toute l’humanité devant le Dieu qui s’est incarné. Ils représentent selon leur apparence trois étapes différentes de la vie de l’homme :

Celui avec la Barbe blanche représente la vieillesse,

celui avec la barbe noire représente une personne mature,

 et la personne sans barbe représente la jeunesse.

Leurs noms, selon la tradition, sont Kaspar, Melkior et Balthazar

Ils présentent les Cadeaux à Jésus :

L’or signifie que le Christ est le Roi des rois,

l’encens signifie sa divinité,

or le myrrhe et le symbole de la souffrance et la mort que Jésus doit subir.

 

Les Anges

En haut à droit, un ange est dans une attitude de contemplation et d’étonnement devant ce grand mystère. Il couvre ses mains par respect au Dieu qui s’est incarné. Il porte un vêtement rouge symbole de la divinité et ses ailes sont verts symbole de l’humanité.

Dans la partie gauche de l’icône, deux anges qui se dirigent vers le Cercle Divin, ils représentent les deux natures du Christ, la nature humaine et la nature Divine.

Les anges jouent un grand rôle dans l’annonce de la bonne nouvelle, d’où on les appelle les anges de l’incarnation.

Saint Luc a dit que les anges ont loués Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés » (Lc 2, 14).


Le Demi-cercle

En haut de l’icône, un Demi-cercle nommée divine, elle symbolise les Cieux. De ce demi-cercle, sort une lumière qui se dirige vers la terre. Cette lumière transforme la terre en un ciel nouveau par la naissance du Fils de Dieu.

Cette lumière se termine par un cercle. L’écrivain de cette icône signifie par ce cercle la colombe qui est venue sur le Christ pendant son baptême dans le Jourdain (cf. Mt 3, 16). De ce cercle sort trois rayons lumineux, qui symbolisent la Saint-Trinité, et son rôle dans cet événement salvifique, qui est l’incarnation.


Joseph

En bas à gauche, on voit Joseph assis et son cœur plein de tristesse. Il met son joue sur sa main gauche, il se pour une profonde contemplation, ses idées sont paradoxales, qui prouve la peur qui l’embarrasse. Qui est-il pour être un obstacle devant le Dessein de Dieu ?

Auprès de lui, un vieillard est debout portant les vêtements du berger. La tradition Chrétienne voit dans ce vieillard le Démon qui tente Joseph, et qui essaie de lui convaincre qu’il est étranger à cet enfantement. Mais Joseph reste l’homme à la foi ferme. L’Ange l’a libérer de toute peur quand lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint, et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 20-21). Joseph à obéit et il a fait partie du dessein de Dieu pour toujours.

Le fait de représenter Joseph comme un vieillard, se qui signifie qu’il a dépassé l’âge de la procréation, et qu’il n’a pas connu Marie. Mais il s’est fait son fiancé pour la garder.

En face de Joseph nous voyons la scène de la préparation du bain qui symbolise le baptême du Christ et notre baptême simultanément. Salomie, selon la tradition, c’est la sage-femme qui porte dans ses bras l’enfant Divin, et elle demande l’aide de celle qui verse l’eau dans le bac à bain. Tout ça symbolise la nature humaine de Jésus, qui a besoin de quelqu’un pour prendre soin de lui car il est un homme, contrairement à ce qui nous est représenté dans la crèche, où il est seul, personne ne s’occupe de lui car il est Dieu, qui n’a besoin de personne.

Devant la sage-femme et le berger un arbre qui nous rappelle la prophétie d’Isaïe : « Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé » (Is 11, 1-2a).

Par la Nativité, Dieu nous a envoyé son Fils lumière pour les nations, pour renouveler la Création, et il nous invite à se renouveler toujours. Il nous montre le chemin de la paix en retirant tous les obstacles entres les hommes, et il les invite à entrer dans son royaume, le Royaume de l’Amour et la vie heureuse.

 

L’Amour de Dieu s’est incarné,

il a habité parmi nous,

et son nom est devenu Emanuel ce qui veut dire

« Dieu avec nous »

Par Charbel
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Mardi 8 avril 2008


 

 

Les byzantins estimaient que le sens de l'art est dans la beauté et les icônes byzantines se caractérisent par leur éclat doré et la vivacité des teintes utilisées. Chaque couleur cependant a sa place et son sens propre. La tradition byzantine accorde aux couleurs la même importance qu'aux mots et ne les mélange jamais : elles sont claires ou sombres, mais toujours pures. Une ou plusieurs couleurs forment une image expressive.

 

 Élèves des maîtres byzantins, les iconographes russes ont adopté et conservé la symbolique des couleurs. Les couleurs sur les icônes russes apparaissent plus vivantes, plus vibrantes, plus éclatantes. Les iconographes russes ont ainsi donné à l'icône l'empreinte des conditions, des goûts et de l'idéal de l'Ancienne Russie.

  


Le blanc

 

Le blanc symbolise la lumière divine. C'est aussi la couleur de la pureté, de la sainteté et de la simplicité. Sur les icônes et les fresques des saints sont habituellement figurés en blanc les Justes, les bons, ceux qui ont vécu selon la Vérité. Du même éclat blanc scintillent les langes des nouveau-nés, les âmes des justes et les anges.



L’or ou La dorure


Après qu’on applique sur le fond toilé 7 couches d’un enduit qu’on appelle Gesso (colle de peau de lapin ou de poisson et de mouton + poudre de pierre blanche), vient le dessin, puis la dorure. Le fond de l’icône s’appelle ‘lumière’ qui explique en quelque sorte l’usage de l’or dans l’icône. Devant l’icône de la Nativité du Christ, nous la verrons dans quelques instant, nous allons nous trouvés éblouis par l’or comme si toute la scène était gravée sur une feuille d’or. La dorure couvre entièrement la surface et sert comme fond à la figure. L’or n’est pas une couleur rencontrée dans la nature, c’est pourquoi il reflète le sens de la spiritualisation. Il symbolise deux choses : la lumière « le mot hébreu aour qui désigne la lumière s’apparente au mot latin aurum ; la parole « le mot latin oratio, parole, réfère au mot français or. Les Grecs disaient d’un grand orateur qu’il avait une bouche d’or »[1]. (C’est pour cette raison que nous disons Jean Chrysostome). Il désigne la divinité et la perfection. Une réflexion pointue au sujet de l’usage de l’or dans l’icône nous invite à réaffirmer la correspondance entre la Parole et la vue, autrement dit entre l’Écriture et l’icône.

« On ne peut considérer l’or comme un pigment (substance colorante) même si on l’assimile parfois à une extrême saturation sans liant. L’or n’est pas une couleur au sens où nous l’entendons aujourd’hui – dans la mesure où il est impossible de produire un faisceau de lumière dorée – mais une qualité de texture liée à la juxtaposition de menus miroirs à la surface du métal qui renvoient la lumière de manière hétérogène. L’or n’est donc pas une couleur même si, autrefois au contraire, l’or était ‘lumière incarnée’ luces incorporatae. On le situerait dès lors dans la catégorie du blanc. Mais sa saturation maximum en fait un super rouge, la matière par excellence. Et son opacité connotée de richesse le vouait aux foudres de saint Bernard, qui le considérait comme obscur »[2].

 


Le rouge

 

Particulièrement frappante sur les icônes, le rouge est la couleur de la chaleur, de l'amour, de la vie, de l'énergie vivifiante. Le rouge est donc en conséquence la couleur de la Résurrection, victoire de la vie sur la mort. Elle est aussi la couleur du sang et du martyre, couleur du sacrifice du Christ. Les martyrs sont représentés vêtus de rouge. Le feu divin dont brillent les ailes des anges et des archanges est aussi rendu par le rouge. En signe de vie éternelle, on peignait aussi parfois des fonds rouges.



Le bleu


Le bleu foncé et le bleu clair représentent l'infini du ciel, ils sont le symbole du monde éternel. Le bleu est aussi la couleur de la Mère de Dieu, lien entre le céleste et le terrestre. Dans la plupart des églises, le bleu ciel domine sur les représentations de la Mère de Dieu.

 


 Le vert

 

« Complémentaire du rouge comme l’eau du feu. Couleur du règne végétal, du printemps et donc du renouveau. Produite par photosynthèse (l’astre de feu), la chlorophylle (verte) est conditionnée par l’humidité (eau) »[3]. Situé entre le bleu (froid) et le rouge (chaud), le vert symbolise la régénération spirituelle, la nouvelle croissance, et dans notre contexte ; la nouvelle création.


 

Le marron


Le marron est la couleur de la terre, de la poussière, du temporel et du corruptible. Associé à la pourpre royale sur les vêtements de la Mère de Dieu, le marron rappelle la nature humaine, soumise à la mort.



Le noir


Le noir symbolise la mort et le mal. Les grottes, symboles du tombeau et des profondeurs de l'enfer sont soulignées de noir sur les icônes. Dans certaines scènes, le noir peut cependant aussi signifier le mystère. C'est par exemple sur un fond noir qu'est représentée la profondeur indicible de l'univers et du Cosmos ou le vieillard couronné sur l'icône de la descente aux Enfers. L'habit noir des moines, retranchés de la vie ordinaire symbolise le refus des plaisirs et des habitudes, état de mort au cœur de la vie.



[1] Michel QUENOT, L’icône, op.cit., p. 151.

[2] Michel BRIERE, L’image de Dieu, op.cit., p. 18.

[3] Ibid., p.140-150.

Par Charbel
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Mardi 8 avril 2008



Le bois


En regardant l’icône, nous nous trouvons éblouis par la simplicité du bois. La planche en bois (pièce de bois plate), en tant que support, demande une longue préparation. Pour choisir le bois, deux critères sont importants : la solidité et la stabilité. Le centre de support qui va recevoir le dessin est souvent creusé de quelques millimètres de façon à ce qu’on laisse un cadre de 2 à 5 cm de large. Cette légère excavation « rappelle tout simplement que le but premier de la bordure qui en résulte n’est pas d’encadrer l’icône, mais de garder l’image sacrée comme dans une sorte d’écrin » [1] .  




La peinture


La technique de la peinture se base sur deux méthodes : la peinture « à l’encaustique » du verbe grec enkaiein qui signifie peindre à la cire fondue ; ou la détrempe à l’œuf dite tempera qui est la plus employée à notre époque. Puis on met un canevas mince (sorte de toile) enduit de colle (En principe c’est la colle de peau de lapin), c’est pour permettre une certaine durée à l’icône. Puis sept couches d’un enduit fabriqué de la même colle avec une poudre de pierre blanche. Puis vient le dessin. Suit la dorure. Enfin, un enduit appelé olifa fait d’huile de lin cuite additionnée d’ambre de résine qui sert à améliorer l’adhésion des couleurs. Cette méthode nous révèle la vérité de la parole d’un iconographe contemporain qui dit : « L’icône présente des personnes ou des faits étroitement liés à l’éternité, il est absolument indispensable de mettre tout en œuvre pour qu’elle dure des siècles » [2] . Fidèle à la tradition, la peinture n’enseigne rien de neuf ! « En revanche, elle contribue à l’intériorisation et à l’assimilation de figures du mystère et à l’inflexion, voire à la conversion des images mentales »[3] comme le note Michel Brière dans son livre intitulé L’image de Dieu Petite méditation avec le bienheureux Fra Angelico.



[1] Michel QUENOT, L’icône, op. cit., p. 107.

[2] Ibid., p. 108.

[3] Michel BRIERE, L’image de Dieu, Coll. Cahiers de l’Ecole Cathédrale, n° 57, Paris : Editions Parole et Silence, 2002, p. 31.

Par Charbel
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Vendredi 29 février 2008

La première question qui vient à notre esprit : l’art iconographique date-t-il des premiers siècles du christianisme ? Y a-t-il des icônes qui remontent aux premiers siècles du christianisme ? Et d’où vient cet art dans le christianisme ?

 

 

Dans l’Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée note : « Nous avons vu des portraits des apôtres Pierre et Paul et du Christ lui-même qui ont été conservés par le moyen des couleurs dans les tableaux »[1].

On pourrait dire que l’origine des icônes remonte aux peintures des catacombes, puisque ces dernières marquent le début de l’art chrétien. L’art des catacombes très riche en images et en symboles païens ne se limite pas à hériter les symboles païens, mais inventent de nouveaux, surtout à partir du II° siècle.

 

Ce langage symbolique avait une visée didactique : enseigner la foi et la transmettre à travers des symboles dans une époque où le christianisme était fort persécuté ! A titre d’exemple, signe de fécondité dans l’Antiquité, puis d’érotisme chez les Romains, le poisson devient à partir du 2ème siècle le symbole des chrétiens avec le terme ІΧΘΥΣ (Ιησους Χριστός Θεου Υιός Σωτηρ = Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur).

 

Cet art chrétien naissant vise, pour ainsi dire, à révéler picturalement la foi de l’Église. C’est pour cette raison que nous pouvons affirmer que l’icône fait partie de la prédication de l’Église primitive.

 

Historiquement parlant, l’image sacrée existe en tant que telle dès le règne de Justinien 1er (527-565), dernier empereur romain. C’est l’époque de Sainte-Sophie : le début du rite cathédral de Byzance, et l’image sacrée. Cependant, la tradition de l’image sacrée remonte à l’image appelée ACHEIROPOIETE envoyée au roi d’Édesse Abgar par le Christ. C’est ce qu’on appelle l’icône « non faite de main d’homme » (άχειροποίητος) ou « l’icône du Seigneur sur le linge (μανδήλιον), appelée en Occident « La Sainte Face ». Cette appellation s’appuie sur une référence néotestamentaire, qui du coup va abolir l’interdiction mosaïque des images (Ex 20, 4), à savoir : « l’image non faite de main d’homme » qui représente le Verbe éternel qui s’est incarné dans le « sanctuaire de son corps » (Jn 2, 21) ; et à l’icône de la Mère de Dieu attribuée à saint Luc.

 

« La légende raconte que le roi lépreux Abgar désirait voir Jésus et s’entretenir avec lui. Il lui envoya une petite délégation de ses gens de cour qui le rencontrèrent prêchant en Palestine. Jésus savait sa Passion très proche et ne put accéder au désir du roi. Par contre, il imprima miraculeusement sa Face sur un linge destiné à Abgar, créant ainsi la première icône, source et fondement de toutes les autres. Relevons que l’histoire du linge-suaire de Véronique sur lequel Jésus aurait imprimé son image présente un parallélisme évident. Véronique ne signifie-t-il pas : vraie icône ? »[2].

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ICÔNE ACHEÏROPOÏETE

(Non faite de main d'homme)
Connue par La Sainte Face du Christ
Coll.privée Paris


(A propos de l’origine de l’icône acheiropoïète du Christ, il existe deux versions : la légende de sainte Véronique et la légende orientale du roi Abgar).
 



                            A partir de cette tradition - l’icône acheiropoïète ou celle de la Mère de Dieu attribuée à Luc - (que ce soit réel ou non historiquement parlant), au fil des siècles, l’art iconographique commence à se construire en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle et de la transmettre au travers des images et des représentations qui mettent l’accent sur le dépôt de la foi. C’est en ce sens que Vladimir LOSSKY souligne: « Nous voyons déjà se préciser les traits principaux de l’art de l’Église. L’espace tridimensionnel illusoire est remplacé par la réalité de la surface plane ; le lien entre les personnages et les objets devient conventionnel et symbolique. L’image est réduite au minimum de détails avec un maximum d’expression »[3]. Ou comme le note, justement, le père Georges DROBOT en traitant de l’origine de l’art iconographique : « Néanmoins, nous pouvons dire que le principe de l’iconographie remonte effectivement aux temps apostoliques, car les premiers monuments de l’art chrétien apparaissent dans les catacombes et dans les images verbales des Évangiles. C’est pourquoi on peut parler de saint Luc comme du premier iconographe de la Mère de Dieu : c’est son Évangile qui donne le plus de détails sur la Sainte Vierge » [4] . De la sorte, nous pouvons considérer que les différentes formes d’art : l’architecture, la peinture, la musique… cessent d’être uniquement des simples représentations artistiques, et commencent à avoir un sens symbolique, voire théologique en vue de porter l’âme du chrétien vers la dimension sacrée, ou vers la dimension spirituelle de ce qui est représenté. 

 

Bien que cet art ecclésial naissant fusse accepté dans l’Église et introduit même dans la théologie des Pères de l’Église, à titre d’exemple, saint Basile le Grand disait à ce sujet : « Ce que la parole communique par le moyen de l’ouïe, la peinture le montre silencieusement, par la représentation »[5], le culte de l’icône commence à être mis en cause et même refusé par certains groupes sous l’influence des populations juives et arabes. Ce mouvement appelé iconoclasme qui visait à interdire la représentation du Christ et des saints a débuté avec l’empereur Léon III. La crise de l’iconoclasme bat son plein vers l’année 730 et le concile de Hiéra en 753 finit par interdire ce culte. Car, d’après les iconoclastes, toute représentation du Christ ou bien va, en valorisant la nature divine sur l’humaine, tomber dans le monophysisme d’après lequel la divinité absorbe la nature humaine ; ou bien tomber dans le nestorianisme qui sépare la nature humaine de la nature divine du Christ à tel point qu’il en fait deux personnes bien distinctes ; ou bien - comme considérait un autre groupe – glisser vers l’idolâtrie (Cet argument fut trop développé par les iconoclastes pour interdire le culte des icônes). Sans entrer dans les détails historiques et les arguments théologiques de chaque clan des iconoclastes ou des iconophiles, le concile de Nicée II de 787 réintroduit le culte des icônes avec des arguments théologiques pertinents qui procureront la victoire finale des iconophiles sur les iconoclastes vers 843. Cette victoire est nommée « le triomphe de l’Orthodoxie ». Et dans la liturgie byzantine on fête la mémoire de ce triomphe le premier dimanche du Carême appelé pour cette raison : le dimanche de l’Orthodoxie.

 

Les meilleurs arguments théologiques ont été fournis par Jean le Damascène (650-750), Théodore Studite (759-826) et le patriarche Nicéphore (750-828). Comme le centre de notre discours ne porte pas directement sur cette crise, nous laissons tomber cette période obscure dans l’histoire de l’Église orientale. Cependant il est utile de citer quelques citations tirées des écrits des Pères. Théodore Studite précise : « Du moment que le Christ est né d’une Mère descriptible, il a naturellement une image qui correspond à celle de sa Mère. Et s’il ne pouvait être représenté par l’art, cela voudrait dire qu’il est né seulement du Père et ne s’est pas incarné » (Théodore Studite, 3e Réfutation, chap. II, PG 99, 417 c). (Il est bon de noter la querelle qui a eu lieu au concile de Moscou en 1667, quand la composition occidentale de la Sainte Trinité représentait Dieu le Père comme un vieillard. Ce concile, en se référant aux arguments de saint Jean Damascène, insiste sur l’impossibilité de représenter Dieu le Père : « Pourquoi ne décrivons-nous pas le Père du Seigneur Jésus-Christ ? Parce que nous ne L’avons pas vu… Et si nous L’avions vu et connu de la même façon que son Fils, nous aurions essayé aussi de Le décrire et de Le représenter par la peinture »[6]). Jean le Damascène écrit : « Je ne vénère pas la matière, mais le Créateur de la matière qui s’est fait matière pour moi et qui a daigné habiter dans la matière et opérer son salut par la matière » (Imag. I, 16, PG 94, col. 1245 AC). « L’honneur rendu à l’image remonte à son prototype » disait saint Basile le Grand.       

 

En somme, l’enjeu qui est derrière cette crise n’est pas pédagogique ou esthétique, mais purement théologique. Pour les Pères, défendre l’icône c’est défendre l’Incarnation du Christ et l’Économie du salut.  
                  


[1] Eusèbe DE CESAREE, Histoire ecclésiastique, livre VII, chap. XVIII, Paris, 1955, p. 191-192.  

[2] Michel QUENOT, L’icône, Paris, les Editions du Cerf, 1987, p. 35.

[3] Léonide OUSPENSKY, Vladimir LOSSKY, Le sens des icônes, Paris : Cerf, 2003, p. 25. 

[4] P. Georges DROBOT, Icône de la Nativité, Coll. Spiritualité Orientale, n° 15, France : Abbaye de Bellefontaine, 1975, p. 110-111.

[5] Saint Basile le Grand, Homélie 19 sur les quarante martyrs de Sébaste (P.G. 31, 509 A).

[6] Léonide OUSPENSKY, Vladimir LOSSKY, Le sens des icônes, op. cit. p. 30.  

Par Charbel
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Vendredi 29 février 2008

 


Quelques remarques s’imposent sur le plan théologique en vue de mieux comprendre le sens des icônes :
 

 

1-   L’art de l’icône ne rejette aucunement la matière, et ne méprise non plus le corporel mais il le spiritualise, voire il le transfigure en lui donnant un sens nouveau. La théologie byzantine refuse l’adage de la philosophie antique : σώμα σιμα « Le corps est le tombeau de l’âme ». La théologie de l’icône est une théologie de transfiguration où l’œil du cœur priant regarde la matière en tant que matière transfigurée par le mystère qui transmet. C’est pourquoi, la personne qui apprend l’iconographie commence par écrire l’icône de la Transfiguration. Un manuscrit du Mont Athos invite l’iconographe à « prier avec larmes, afin que Dieu pénètre son âme. Qu’il aille au prêtre, afin que celui-ci prie sur lui et récite l’hymne de la Transfiguration »[1]. Cette théologie dite de la transfiguration s’enracine dans celle de l’incarnation, mais pour la percevoir, il faut avoir l’œil du cœur purifié : « Car la puissance divine, dit encore saint Basile en parlant de la Transfiguration, a paru à travers le corps humain, comme une lumière à travers des membranes transparentes, brillante pour ceux qui ont les yeux du cœur purifiés »[2].  

 

2- Correspondance entre l’icône et l’Écriture : cette correspondance est basée sur le fait que toutes les deux (icône et Écriture) sont  habitées par la même Vérité. C’est en ce sens que saint Basile le Grand notait : « Ce que la parole communique par le moyen de l’ouïe, la peinture le montre silencieusement, par la représentation »[3]. Le Septième concile œcuménique dit à ce sujet : « par ces deux moyens qui s’accompagnent mutuellement… nous recevons la connaissance de la même chose »[4]. A ce propos Vladimir dit : « L’une et l’autre, en plus de leur signification directe, sont un reflet du monde céleste, symbole de l’Esprit qui l’habite. Ainsi le contenu de la Parole et de l’image est le même, les mêmes aussi leur portée et leur rôle. Comme la liturgie, l’image est un véhicule des décisions dogmatiques et l’expression de la vie même de la Tradition sacrée dans l’Église par la grâce. Par la liturgie et par l’icône, la Révélation pénètre dans le peuple croyant, devient pour lui une tâche à vivre » [5] .



[1] Michel QUENOT, L’icône, op. cit. p. 88.

[2] Saint Basile le Grand, Homélie sur la génération humaine du Christ, 6 (PG, 31, 1473).

[3] Saint Basile le Grand, Homélie 19 sur les quarante martyrs de Sébaste (P.G. 31, 509 A).

[4] Actes du septième concile œcuménique, 6e session, ibid.

[5] Léonide OUSPENSKY, Vladimir LOSSKY, Le sens des icônes, op. cit, p. 29.

 

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Par Charbel
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Dimanche 17 février 2008


Le pays de l’icône est l’Orient. L’icône fait partie de la tradition de l’Église de l’Orient. L’arrière-fond de l’icône est typiquement théologique et non pas artistique ! L’icône est un lieu théologique où l’Absolu se révèle, où le mystère nous parle à travers la matière sans aucune réduction, ou confusion : l’icône est le lieu où la Vérité de Dieu se donne à connaître ! C’est une des clefs qui nous fait pénétrer dans le mystère de l’Homme-Dieu, voire le mystère de l’Incarnation !

 « Dès qu’il s’agit d’un mystère, son sens n’est jamais donné directement, mais il est représenté au moyen des intermédiaires, des médiateurs : un ange, un symbole, une icône, tous messagers porteurs d’un message secret » [1] , comme le note, à juste titre, Paul Evdokimov dans son livre intitulé La connaissance de Dieu selon la tradition orientale.


 



[1] Paul EVDOKIMOV, La connaissance de Dieu selon la tradition orientale, Lyon : Editions Xavier Mappus, 1967, p. 105.

Par Charbel
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