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Vendredi 29 février 2008 5 29 /02 /Fév /2008 20:02

La première question qui vient à notre esprit : l’art iconographique date-t-il des premiers siècles du christianisme ? Y a-t-il des icônes qui remontent aux premiers siècles du christianisme ? Et d’où vient cet art dans le christianisme ?

 

 

Dans l’Histoire ecclésiastique, Eusèbe de Césarée note : « Nous avons vu des portraits des apôtres Pierre et Paul et du Christ lui-même qui ont été conservés par le moyen des couleurs dans les tableaux »[1].

On pourrait dire que l’origine des icônes remonte aux peintures des catacombes, puisque ces dernières marquent le début de l’art chrétien. L’art des catacombes très riche en images et en symboles païens ne se limite pas à hériter les symboles païens, mais inventent de nouveaux, surtout à partir du II° siècle.

 

Ce langage symbolique avait une visée didactique : enseigner la foi et la transmettre à travers des symboles dans une époque où le christianisme était fort persécuté ! A titre d’exemple, signe de fécondité dans l’Antiquité, puis d’érotisme chez les Romains, le poisson devient à partir du 2ème siècle le symbole des chrétiens avec le terme ІΧΘΥΣ (Ιησους Χριστός Θεου Υιός Σωτηρ = Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur).

 

Cet art chrétien naissant vise, pour ainsi dire, à révéler picturalement la foi de l’Église. C’est pour cette raison que nous pouvons affirmer que l’icône fait partie de la prédication de l’Église primitive.

 

Historiquement parlant, l’image sacrée existe en tant que telle dès le règne de Justinien 1er (527-565), dernier empereur romain. C’est l’époque de Sainte-Sophie : le début du rite cathédral de Byzance, et l’image sacrée. Cependant, la tradition de l’image sacrée remonte à l’image appelée ACHEIROPOIETE envoyée au roi d’Édesse Abgar par le Christ. C’est ce qu’on appelle l’icône « non faite de main d’homme » (άχειροποίητος) ou « l’icône du Seigneur sur le linge (μανδήλιον), appelée en Occident « La Sainte Face ». Cette appellation s’appuie sur une référence néotestamentaire, qui du coup va abolir l’interdiction mosaïque des images (Ex 20, 4), à savoir : « l’image non faite de main d’homme » qui représente le Verbe éternel qui s’est incarné dans le « sanctuaire de son corps » (Jn 2, 21) ; et à l’icône de la Mère de Dieu attribuée à saint Luc.

 

« La légende raconte que le roi lépreux Abgar désirait voir Jésus et s’entretenir avec lui. Il lui envoya une petite délégation de ses gens de cour qui le rencontrèrent prêchant en Palestine. Jésus savait sa Passion très proche et ne put accéder au désir du roi. Par contre, il imprima miraculeusement sa Face sur un linge destiné à Abgar, créant ainsi la première icône, source et fondement de toutes les autres. Relevons que l’histoire du linge-suaire de Véronique sur lequel Jésus aurait imprimé son image présente un parallélisme évident. Véronique ne signifie-t-il pas : vraie icône ? »[2].

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ICÔNE ACHEÏROPOÏETE

(Non faite de main d'homme)
Connue par La Sainte Face du Christ
Coll.privée Paris


(A propos de l’origine de l’icône acheiropoïète du Christ, il existe deux versions : la légende de sainte Véronique et la légende orientale du roi Abgar).
 



                            A partir de cette tradition - l’icône acheiropoïète ou celle de la Mère de Dieu attribuée à Luc - (que ce soit réel ou non historiquement parlant), au fil des siècles, l’art iconographique commence à se construire en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle et de la transmettre au travers des images et des représentations qui mettent l’accent sur le dépôt de la foi. C’est en ce sens que Vladimir LOSSKY souligne: « Nous voyons déjà se préciser les traits principaux de l’art de l’Église. L’espace tridimensionnel illusoire est remplacé par la réalité de la surface plane ; le lien entre les personnages et les objets devient conventionnel et symbolique. L’image est réduite au minimum de détails avec un maximum d’expression »[3]. Ou comme le note, justement, le père Georges DROBOT en traitant de l’origine de l’art iconographique : « Néanmoins, nous pouvons dire que le principe de l’iconographie remonte effectivement aux temps apostoliques, car les premiers monuments de l’art chrétien apparaissent dans les catacombes et dans les images verbales des Évangiles. C’est pourquoi on peut parler de saint Luc comme du premier iconographe de la Mère de Dieu : c’est son Évangile qui donne le plus de détails sur la Sainte Vierge » [4] . De la sorte, nous pouvons considérer que les différentes formes d’art : l’architecture, la peinture, la musique… cessent d’être uniquement des simples représentations artistiques, et commencent à avoir un sens symbolique, voire théologique en vue de porter l’âme du chrétien vers la dimension sacrée, ou vers la dimension spirituelle de ce qui est représenté. 

 

Bien que cet art ecclésial naissant fusse accepté dans l’Église et introduit même dans la théologie des Pères de l’Église, à titre d’exemple, saint Basile le Grand disait à ce sujet : « Ce que la parole communique par le moyen de l’ouïe, la peinture le montre silencieusement, par la représentation »[5], le culte de l’icône commence à être mis en cause et même refusé par certains groupes sous l’influence des populations juives et arabes. Ce mouvement appelé iconoclasme qui visait à interdire la représentation du Christ et des saints a débuté avec l’empereur Léon III. La crise de l’iconoclasme bat son plein vers l’année 730 et le concile de Hiéra en 753 finit par interdire ce culte. Car, d’après les iconoclastes, toute représentation du Christ ou bien va, en valorisant la nature divine sur l’humaine, tomber dans le monophysisme d’après lequel la divinité absorbe la nature humaine ; ou bien tomber dans le nestorianisme qui sépare la nature humaine de la nature divine du Christ à tel point qu’il en fait deux personnes bien distinctes ; ou bien - comme considérait un autre groupe – glisser vers l’idolâtrie (Cet argument fut trop développé par les iconoclastes pour interdire le culte des icônes). Sans entrer dans les détails historiques et les arguments théologiques de chaque clan des iconoclastes ou des iconophiles, le concile de Nicée II de 787 réintroduit le culte des icônes avec des arguments théologiques pertinents qui procureront la victoire finale des iconophiles sur les iconoclastes vers 843. Cette victoire est nommée « le triomphe de l’Orthodoxie ». Et dans la liturgie byzantine on fête la mémoire de ce triomphe le premier dimanche du Carême appelé pour cette raison : le dimanche de l’Orthodoxie.

 

Les meilleurs arguments théologiques ont été fournis par Jean le Damascène (650-750), Théodore Studite (759-826) et le patriarche Nicéphore (750-828). Comme le centre de notre discours ne porte pas directement sur cette crise, nous laissons tomber cette période obscure dans l’histoire de l’Église orientale. Cependant il est utile de citer quelques citations tirées des écrits des Pères. Théodore Studite précise : « Du moment que le Christ est né d’une Mère descriptible, il a naturellement une image qui correspond à celle de sa Mère. Et s’il ne pouvait être représenté par l’art, cela voudrait dire qu’il est né seulement du Père et ne s’est pas incarné » (Théodore Studite, 3e Réfutation, chap. II, PG 99, 417 c). (Il est bon de noter la querelle qui a eu lieu au concile de Moscou en 1667, quand la composition occidentale de la Sainte Trinité représentait Dieu le Père comme un vieillard. Ce concile, en se référant aux arguments de saint Jean Damascène, insiste sur l’impossibilité de représenter Dieu le Père : « Pourquoi ne décrivons-nous pas le Père du Seigneur Jésus-Christ ? Parce que nous ne L’avons pas vu… Et si nous L’avions vu et connu de la même façon que son Fils, nous aurions essayé aussi de Le décrire et de Le représenter par la peinture »[6]). Jean le Damascène écrit : « Je ne vénère pas la matière, mais le Créateur de la matière qui s’est fait matière pour moi et qui a daigné habiter dans la matière et opérer son salut par la matière » (Imag. I, 16, PG 94, col. 1245 AC). « L’honneur rendu à l’image remonte à son prototype » disait saint Basile le Grand.       

 

En somme, l’enjeu qui est derrière cette crise n’est pas pédagogique ou esthétique, mais purement théologique. Pour les Pères, défendre l’icône c’est défendre l’Incarnation du Christ et l’Économie du salut.  
                  


[1] Eusèbe DE CESAREE, Histoire ecclésiastique, livre VII, chap. XVIII, Paris, 1955, p. 191-192.  

[2] Michel QUENOT, L’icône, Paris, les Editions du Cerf, 1987, p. 35.

[3] Léonide OUSPENSKY, Vladimir LOSSKY, Le sens des icônes, Paris : Cerf, 2003, p. 25. 

[4] P. Georges DROBOT, Icône de la Nativité, Coll. Spiritualité Orientale, n° 15, France : Abbaye de Bellefontaine, 1975, p. 110-111.

[5] Saint Basile le Grand, Homélie 19 sur les quarante martyrs de Sébaste (P.G. 31, 509 A).

[6] Léonide OUSPENSKY, Vladimir LOSSKY, Le sens des icônes, op. cit. p. 30.  

Par Charbel
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