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Les byzantins estimaient que le sens de l'art est dans la beauté et les icônes byzantines se caractérisent par leur éclat doré et la vivacité des teintes utilisées. Chaque couleur cependant a sa place et son sens propre. La tradition byzantine accorde aux couleurs la même importance qu'aux mots et ne les mélange jamais : elles sont claires ou sombres, mais toujours pures. Une ou plusieurs couleurs forment une image expressive.
Élèves des maîtres byzantins, les iconographes russes ont adopté et conservé la symbolique des couleurs. Les couleurs sur les icônes russes apparaissent plus vivantes, plus vibrantes, plus éclatantes. Les iconographes russes ont ainsi donné à l'icône l'empreinte des conditions, des goûts et de l'idéal de l'Ancienne Russie.
Le blanc
Le blanc symbolise la lumière divine. C'est aussi la couleur de la pureté, de la sainteté et de la simplicité. Sur les icônes et les fresques des saints sont habituellement figurés en blanc les Justes, les bons, ceux qui ont vécu selon la Vérité. Du même éclat blanc scintillent les langes des nouveau-nés, les âmes des justes et les anges.
L’or ou La dorure
Après qu’on applique sur le fond toilé 7 couches d’un enduit qu’on appelle Gesso (colle de peau de lapin ou de poisson et de mouton + poudre de pierre blanche), vient le dessin, puis la dorure. Le fond de l’icône s’appelle ‘lumière’ qui explique en quelque sorte l’usage de l’or dans l’icône. Devant l’icône de la Nativité du Christ, nous la verrons dans quelques instant, nous allons nous trouvés éblouis par l’or comme si toute la scène était gravée sur une feuille d’or. La dorure couvre entièrement la surface et sert comme fond à la figure. L’or n’est pas une couleur rencontrée dans la nature, c’est pourquoi il reflète le sens de la spiritualisation. Il symbolise deux choses : la lumière « le mot hébreu aour qui désigne la lumière s’apparente au mot latin aurum ; la parole « le mot latin oratio, parole, réfère au mot français or. Les Grecs disaient d’un grand orateur qu’il avait une bouche d’or »[1]. (C’est pour cette raison que nous disons Jean Chrysostome). Il désigne la divinité et la perfection. Une réflexion pointue au sujet de l’usage de l’or dans l’icône nous invite à réaffirmer la correspondance entre la Parole et la vue, autrement dit entre l’Écriture et l’icône.
« On ne peut considérer l’or comme un pigment (substance colorante) même si on l’assimile parfois à une extrême saturation sans liant. L’or n’est pas une couleur au sens où nous l’entendons aujourd’hui – dans la mesure où il est impossible de produire un faisceau de lumière dorée – mais une qualité de texture liée à la juxtaposition de menus miroirs à la surface du métal qui renvoient la lumière de manière hétérogène. L’or n’est donc pas une couleur même si, autrefois au contraire, l’or était ‘lumière incarnée’ luces incorporatae. On le situerait dès lors dans la catégorie du blanc. Mais sa saturation maximum en fait un super rouge, la matière par excellence. Et son opacité connotée de richesse le vouait aux foudres de saint Bernard, qui le considérait comme obscur »[2].
Le rouge
Particulièrement frappante sur les icônes, le rouge est la couleur de la chaleur, de l'amour, de la vie, de l'énergie vivifiante. Le rouge est donc en conséquence la couleur de la Résurrection, victoire de la vie sur la mort. Elle est aussi la couleur du sang et du martyre, couleur du sacrifice du Christ. Les martyrs sont représentés vêtus de rouge. Le feu divin dont brillent les ailes des anges et des archanges est aussi rendu par le rouge. En signe de vie éternelle, on peignait aussi parfois des fonds rouges.
Le bleu
Le bleu foncé et le bleu clair représentent l'infini du ciel, ils sont le symbole du monde éternel. Le bleu est aussi la couleur de la Mère de Dieu, lien entre le céleste et le terrestre. Dans la plupart des églises, le bleu ciel domine sur les représentations de la Mère de Dieu.
Le vert
« Complémentaire du rouge comme l’eau du feu. Couleur du règne végétal, du printemps et donc du renouveau. Produite par photosynthèse (l’astre de feu), la chlorophylle (verte) est conditionnée par l’humidité (eau) »[3]. Situé entre le bleu (froid) et le rouge (chaud), le vert symbolise la régénération spirituelle, la nouvelle croissance, et dans notre contexte ; la nouvelle création.
Le marron
Le marron est la couleur de la terre, de la poussière, du temporel et du corruptible. Associé à la pourpre royale sur les vêtements de la Mère de
Dieu, le marron rappelle la nature humaine, soumise à la mort.
Le noir
Le noir symbolise la mort et le mal. Les grottes, symboles du tombeau et des profondeurs de l'enfer sont soulignées de noir sur les icônes. Dans certaines scènes, le noir peut cependant aussi signifier le mystère. C'est par exemple sur un fond noir qu'est représentée la profondeur indicible de l'univers et du Cosmos ou le vieillard couronné sur l'icône de la descente aux Enfers. L'habit noir des moines, retranchés de la vie ordinaire symbolise le refus des plaisirs et des habitudes, état de mort au cœur de la vie.
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